Pourquoi la capture de Maduro divise les États africains
Interview du professeur Roger-Claude Liwanga de l'Université d'Emory à Atlanta sur les réactions en Afrique à la capture de Nicolas Maduro.
Interview du professeur Roger-Claude Liwanga de l'Université d'Emory à Atlanta sur les réactions en Afrique à la capture de Nicolas Maduro.
La capture du dirigeant du Venezuela, Nicolás Maduro, par des forces spéciales américaines continue de faire réagir. En Afrique, les réseaux sociaux s'enflamment, les fake news et les parodies circulent pour annoncer la capture de dirigeants africains par les Américains.
Mais comment expliquer que les gouvernements et les instances du continent aient réagi de manières aussi diverses à l'intervention ordonnée par Donald Trump à Caracas?
Voici l'analyse qu'en donne le politologue Roger-Claude Liwanga, professeur de droit et de négociations internationales avancées à l'Université Emory, aux Etats-Unis.
Interview de Roger-Claude Liwanga
DW : L'Union africiane a condamné la capture du dirigeant vénézuelien, en appelant au respect du droit international et à la nécessité de régler le problème localement. L'Afrique du Sud a été parmi les premiers gouvernements à réagir à l'annonce de la capture de Nicolás Maduro, en appelant notamment à une réunion d'urgence du Conseil de sécurité. Le Sénégal a exprimé sa solidarité avec le Vénézuela. En revanche, la Somalie a fait part de son soutien prudent, en estimant que la capture du dirigeant vénézuélien pouvait contribuer à une alternance pacifique dans le pays. Comment expliquer ces réactions très diverses des gouvernements africains?
Les acteurs comme l’Union africaine ou l’Afrique du Sud ont adopté une posture institutionnelle légaliste, fidèle au respect du principe de la souveraineté des Etats, de la non-ingérence et du règlement pacifique des différends.
Leur réaction se place dans une crainte plus large de voir se banaliser des pratiques unilatérales susceptible d’affaiblir l’ordre international fondé sur ces règles.
D’autre part, il y a certains Etats comme le Sénégal qui ont exprimé une solidarité politique avec le Venezuela, une posture héritée de la tradition diplomatique du non-alignement et d’une certaine solidarité sud-sud couplée à une certaine méfiance à l’égard des interventions extérieures dans les affaires internes des Etats africains.
A l’inverse, la position plus nuancée, voire prudemment favorable, exprimée par la Somalie peut s’expliquer par une lecture plus pragmatique et contextuelle, dans la mesure où la capture de Maduro est perçue comme un précédent juridique global, comme un événement susceptible de favoriser une alternance politique dans un contexte de crise prolongée.
En somme, les réactions traduisent moins une division idéologique qu’une pluralité des priorités nationales, entre défense de la souveraineté, considérations géopolitiques, relations bilatérales avec les Etats-Unis et les appréciations différenciées des dynamiques internes vénézuéliennes.
DW : Roger-Claude Liwanga, est-il envisageable selon vous qu'une telle opération américaine se reproduise en Afrique ?
Il existe chez certains dirigeants africains une préoccupation latente, mais elle ne doit pas être exagérée ni généralisée. D'un point de vue strictement juridique, la situation de Nicolas Maduro est singulière et ne s'inscrit que dans un contexte spécifique de sanctions internationales, de contestations de légitimité électorale et de contentieux prolongé avec les États-Unis. Elle ne saurait donc être automatiquement transposée à une UE, à d'autres contextes africains.
Cela étant dit, sur le plan politique et symbolique, cet événement peut raviver chez certains dirigeants africains des craintes liées à l'extra-territorialité du droit américain, à l'usage des sanctions ciblées ou à des actions unilatérales perçues comme sélectives.
Ces inquiétudes sont d'autant plus vives dans les États où les transitions politiques sont fragiles, où les relations avec Washington sont tendues.
C'est précisément pour cette raison que plusieurs gouvernements africains insistent sur le renforcement du multilatéralisme, le rôle des organisations régionales et le respect des mécanismes internationaux légitimes.
Tout ceci afin d'éviter que ces changements politiques ne soient perçus comme imposés de l'extérieur.
Ainsi, plus qu'une peur immédiate, il s'agit d'un signal d'alerte politique rappelant l'importance des États africains à consolider leurs institutions, leur légitimité interne et leurs cadres régionaux de gestion de crise afin de réduire, bien entendu, toute vulnérabilité à des pressions extérieures.
Source : https://www.mediacongo.net
Rédacation Kuvuk
Quelle est votre réaction ?
J'aime
0
Je n'aime pas
0
J'adore
0
Drôle
0
En colère
0
Triste
0
Wow
0